Par l'aquaboniste atrabilaire, ou princesse rabiola
29 février 2012, road movie Libourne-Bordeaux-Libourne
Rentre à Libourne depuis Bordeaux (Bercier) par le bus (autocar navette SNCF, pas de grève depuis 2010, merci je suis tombée dessus, un vingt-neuf février de toute façon c'est tous les quatre ans...) Le chauffeur a prévenu, au départ à 19 h : « on sera à Libourne à 20 h 46 ». Mazette ! Failli repartir avec mon cabas en plastique orange lourd de courses de chez mon frère, "la Taupe" de John Le Carré, un cache pot rouge et jaune vernissé qui fera très bien chez ma mère avec mon clivia « strength of Africa », 3 pots de faux Benco bons jusqu’en janvier 2011 (va-t-on crever ?), mais j’ai jeté dix boites de conserves 2005-2006, des soldats de plomb, une Barbie toute nue, des photomatons, des lettres et cartes postales de ma mère : « Que deviens-tu ? Aucune nouvelle. J’espère que tu t’achètes de la nourriture et que tu ne vis pas comme un sauvage complet ». Je regrette d’avoir jeté une petite assiette en métal, fleurie et affreusement kitsch, mais bon qui suis-je pour juger ? Et aussi une serviette en papier de chez Paul, témoin des pots offerts par ma mère quand il la raccompagnait à la gare (encore et toujours).
Dissuadée par une voyageuse de quitter la proie pour l’ombre, soit le car pour le ter, et rejoindre le quai 9, ses courants d’air et son hypothétique 18 h 56 vers Périgueux, 20 puis 50 mn de retard, peut être supprimé au bout du compte. Ma mère me dira : « T’as fait un bon petit circuit dans les environs de Libourne et Bordeaux, sans payer » « Bx une ville beaucoup moins polluée que Paris, tu peux y aller ».
Je ferais en effet un périple de nuit plutôt sympa et gratuit, me suis bien gardé bien de payer, me retiens de trop parler au chauffeur, ma réserve légendaire face à sa faconde aquitaine, quoique l’accent sente plutôt le titi parisien, je ne veux pas me faire remarquer, toujours sans ticket.
En fait il s’en fout, très rigolo, et peste de devoir passer par absolument
toutes les gares de la ligne Bordeaux Angoulême, soit Cenon, Bassens, Ambarès,
Saint-Loubès, St « Supplice », Yzon, Vayres que je reverrais, sa longue place et son tunnel SNCF, son église au dôme ardoisé
, il
est 20 h, à droite le resto le Gestas, souvenir de Xavier, copain de mon frère, nous y étions arrêtés un jour de visite du château et de son spectacle de fauconnerie. Ce soir le chauffeur et le
troufion derrière lui descendent tous les deux du car, me laissant seule dans l’engin, je ne pourrais même pas le faire démarrer, histoire de récupérer deux minettes frigorifiées en haut des
voies, qui n’ont pas compris que le car gris en contrebas leur remplaçait le train. Mignonnes, elles montent avec force merci chauffeur, puis se mettent à pépier dans leur téléphone qu’elles ont
un bus exceptionnel rien que pour elles, le chauffeur biche, puis ça tourne à des histoires de shit, le chauffeur soupire, vaguement outré, roulez jeunesse. Avant, la voyageuse aguerrie et
habituée des aléas des transports aquitains est descendue à La Gorp
, après un
des habituels demi-tours techniques et serrés, recroisons la dame au rond-point, « tiens la dame est toujours là », il ouvre la vitre pour le plaisir de lui lancer « Je vous ramène
à Bordeaux ? », « non merci je reste ici », on a la blague facile dans le bordelais.
Raconte à un troufion tassé derrière lui, je n’en perds pas une, ses exploits avec ses cars « des S245 de 12,98 m, presque 13 mètres ! » comme on dirait d’un bateau, à faire gravir les cols des Pyrénées à des colonies de vacances, «avec tous les bagages sur la galerie, je le referai pas, je veux plus m’emmerder, dans 3 ans la retraite »
Toutes petites gares de centres bourg, atteintes au prix de virages serrés et tortueux dans des rues étroites le long des murs de pavillons, on rase entre autres, lancés à tout allure une maison de Vayres sans trottoir, montrée au militaire derrière, « celle-là elle était à louer 700 EUR sur Le bon coin, mais ma femme m’a dit même pas en rêve, tu sors de chez toi et t’es couché, pour 700 EUR je leur ai dit y’a l’assurance décès comprise ? » Après avoir frôlé de très près voitures garées et poubelles, au sortir d’un passage délicat, il plaisante « il faut fermer les yeux », « en fermant les yeux, ça passe ». Le troufion rajoute : «au bruit aussi ! ».
Me souviendrai des hauteurs de Bassens et son port aux raffineries d’acier,
baie de San Francisco sur le fleuve Garonne, soleil couchant et ciel rose sur l’eau du fleuve, très beau. L’église gothique d’Ambarès, et sa mairie en folie architecturale, le rond-point SSC
(est-ce moi ?), Saint Sulpice et Cameyrac
, la
campagne pavillonnaire, la banlieue bordelaise, puis bientôt les vignes et le pays libournais.
Un petit « signe » sur la route, ce panneau Euralis, déjà repéré à l’aller, et juste quand nous passons à son niveau retentit dans les hauts parleurs du bus « Another brick in the wall » de Pink Floyd qui passe, précisément la phrase Teacher, leave the kids alone, so did you father teacher, pour notre plus grand malheur.
Quand nous arrivons dans les gares, jamais personne, le chauffeur dit « Allez je me casse », ou «On s’arrache, tant pis pour eux », mais à chaque fois on a un quart d’heure d’avance, pas étonnant qu’il n’y ait personne, « de toute façon à c’t’heure là ils sont tous rentrés ». Donc on blinde, serons à Libourne à 20 h 30, et m’arrête en face de la rue François Constant, merci chauffeur, vous conduisez comme un chef ose-je lui dire.
Le matin ai heureusement évité et sans le faire exprès, ai même intérieurement
bien vitupéré l’ignorant chef de station de la gare routière, « un remplaçant » me confirmera la chauffeuse du bus de ligne 302, Libourne-Bordeaux Buttelière, soit le nord-est de Bordeaux, pas du tout près de la gare Saint-Jean où m’aurait amené la navette SNCF,
que je ne savais pas encore si longue… J’écoute la conversation de la chauffeur, elle aussi 56 ans et qui attend la retraite, « j’ai mal partout », parle à un monsieur mal voyant
« et comment que j’ai droit à un chien, mais j’en veux pas », de gens qui ont des cancers du colon « si on vous enlève un bout d’intestin c’est qu’il y a un cancer » et que
« ça a commencé quand il faisait du sang », ou des lymphomes, qui finissent en « généralisé ». Pendant ce temps là la plaine impavide des palus passe, puis les pavillons et
les zones commerciales, il faut que je me rappelle que j’avais mal aux doigts écorchés et mordus au sang, qui a servi à afficher sur l’écran du marqueur de glycémie de ma mère « qui sait
s’en servir » mais se pique toute aiguille dehors, une vraie banderille, un inquiétant 322 g de sucre
. Suis-je
ultra diabétique sans le savoir ? Un message d’erreur s’affichera derrière, me sauvant éventuellement ? Toutes ces maladies me dépriment.
Encore heureux que ce trajet
n’ait duré qu’une heure, bien du travail et des RV m’attendaient à Bordeaux, déjà raté le plombier des pages jaunes, prévu à 13 h, un peu énervé
j’entends bien dans mon portable quand il entend qu’à cette même heure je ne suis seulement qu’à la hauteur de la sublime et blonde place Stalingrad et son lion bleu, vue
sur le grand port, par un trajet de tramway A, puis je prendrai le bus 10 pour
Pessac, arrêt Bardanac, pour l’étoile éteinte de Compostelle.
ci-contre cette image de clivia, qui décidément fait très bien dans ton cache-pot mon cricri



comme l'abri à l'aplomb du repère W d'où il y a un an tu te jetais... un train,
des
rails de déraillement, un mouton
désarmé,
toutes jolies images mais d'un lourd
ressenti, mais c'est ça la vie, ta vie, c'est l'humble et le souffrant, et aussi ça se passe sous le soleil, même en février 2011 à Libourne c'était aussi clair que la Tunisie rocailleuse, et
tant mieux si maintenant ça se mettait à sentir vraiment le jasmin, la rose ou les oeillets comme ceux du Portugal, au milieu de toute cette ferraille sinistre du bruit des armes et des roues des
tanks ou des trains qui écrasent les petits frères ou soeurs qui juste veulent en finir avec une vie injuste, et révolutionner leur quotidien, pour des jours meilleurs. Je te les
souhaite, où que tu sois, inch allah, ah la la.

mais c'est d'eux (duquel ?) cette image affiche d'expo rapportée du Festival d'Angoulême, en me l'envoyant
façon mail art !!!








Derniers Commentaires