Les people de Richard Dumas dansent la Polka

Publié le par L'Aquoiboniste atrabilaire

Un jeudi de septembre (c'est le soir des vernissages à Paris), soit deux ans après mon deuxième Printemps de Pomerol, je n'ai pas manqué de suivre l'invitation facebook du vernissage de la galerie Polka, présentant des photos emblématiques de Richard Dumas, qui était l'invité d'honneur de mon festival de photographie préféré après les Rencontres d'Arles.

A l'issue de ma journée de travail (je parle comme un réglement d'établissement, maintenant) je cours vers le métro Chemin vert dans le Marais pour y gagner la rue Saint-Gilles et au numéro 12 la verdure de sa Cour de Venise bien cachée. S'y trouvent les ateliers photos et le siège de la revue Polka, spécialisée dans la photo. S'y pressent une foule d'amateurs de photo, s'y remarquent des visages connus (ça fait beaucoup de s'y ça).

J'y vais accompagnée de ma collègue Catherine qui a la chance d'habiter un (petit) logement dans un hôtel particulier du XVIIe, situé à deux pas de la galerie, l'unique raison pour laquelle je savais qu'elle accepterait mon invitation de dernière minute. Elle est pourtant bouchée à l'émeri à tout ce qui est art contemporain, photographie comprise, et à tout ce qui n'est pas de l'art lyrique. Ma Castafiore est à moitié Slovène et complètement autocentrée (elle ne se rappelle pas que je suis venue chez elle un mois plus tôt, ça fait plaisir). On n'a rien en commun à part notre cheffaillonne (son expression, je me dédouane) mais j'aime bien quand même son côté brute de pomme, une Bonnemine râleuse et parigote qui me fait penser à ma grand-mère la bougonne Colette. Catherine est plus marrante, elle croit aux fantômes et raconte ingénument les messages de l'au-delà (je préfère le vin d'ici) adressés par sa défunte maman, qui "lui flanquent les pétoches". Cette ultra-conservatrice accrochée à ses habitudes "comme la moule à son rocher" a le bon goût d'être née le même mois et la même année que moi, ça créée des liens.

Nous jouons des coudes à travers les invités et la première salle d'expo sur la rue qui présente les "Cars" de Langdon Day, un photographe américain. Splendides images, les belles américaines y rutilent de leurs carrosseries poussiéreuses. Déjà vues en série diaporama dans "Auto photo", la dernière exposition de la Fondation Cartier pour l'art contemporain.

Finissons par trouver au débouché d'un mini labyrinthe - les lieux d'exposition sont bien plus grands que ce que la vitrine laisse supposer, le vino veritas aperçu dans les gobelets en plastique de la foule à l'extérieur. Très bel endroit, un grand arbre penché, une enfilade de logements bas, des toits de zinc, de l'espace, des verrières, un ancien bâtiment industriel ou artisanal en plein Paris. Cour de Venise, donc.

Pas dans du Murano qu'on nous me sert le dernier verre de rouge disponible (3 cm de hauteur). Catherine, visiblement déçue, se contente d'un coca, et nous trinquons en nous envoyant régressivement les fraises tagada et les chamallows qui accompagnent les libations dévalisées avant notre arrivée par la foule nombreuse. Ma faute, pour ne pas aller seule à l'expo (le mari harassé par son vélo quotidien), j'ai appelé un peu trop tard ma collègue toujours partante, il est déjà 20 h... 

Gagnée par l'euphorie du dé à coudre de picrate, je repère un petit monsieur chauve, vêtu d'un polo bleu ciel aux manches courtes (mais il est habitué au froid, c'est un Polonais). C'est un vieil (85 ans minimum, très alerte) ami d'une collègue (du même métal et bien plus savante que nous) ; un photographe célèbre lui aussi, rencontré dans les chaleureuses et arrosées réunions de la béate petite colonie polonaise où cette collègue (l'autre) a eu la gentillesse de nous inviter à deux reprises. Il est drôlissime et chaleureux, maniant la plaisanterie à chaque mot prononcé les r roulés et déplorant pour le moment la pénurie de champagne, "je le savais bien". Polka, le nom de la revue, c'est pas d'origine polonaise aussi ? Pas moyen donc d'être saoûl comme un Polonais dans ce hangar à photos, d'ailleurs je croule sous les triglycérides et les gamma GT doublés par quatre et on n'est pas là pour ça.

J'entreprends de faire le tour des photographies, elles ne sont pas si nombreuses, avec ma collègue engoncée dans son petit trench vert bien classique. Moi même vu le temps ai sorti ma parka Décathlon, on fait tâche parmi les branchés. Je fais du name dropping en pure perte, ma collègue ne reconnait ni ne connait personne parmi les célébrités photographiées par Richard Dumas que je n'ai toujours pas repéré. Jim Harrisson, l'écrivain des grands espaces américains ? Inconnu au bataillon, tout comme Léonard Cohen, Keith Richards, Miles Davis, Chet Baker... "Tu en connais du beau monde" persifle-t-elle. J'ai pourtant séché devant une belle brune plantureuse, le carton m'apprendra que c'est une prostituée du bois de Boulogne et que son portrait, comme les autres, se vend à plus de 2000 euros.

Seul Ray Charles lui rappelle quelqu'un. Kate Moss, dont le portrait orne le carton de l'exposition, se voit qualifier de "mocheté". Je fais semblant comme d'habitude de ne m'apercevoir de rien, il y a un gouffre entre sa petite personne pleine de certitudes (mais je vous dis que je l'aime bien) et moi. Une photo de chat retient son intérêt, des yeux perçants sur fond de brindilles noir, une réussite. Je photographie les photos, à travers les reflets vitrés des cadres, le rendu sera bien moindre que les clichés pris lors de la projection de diapositives lors du Printemps de Pomerol 2015. Mon vieux rocker de mari sera content de voir le cliché de Jerry Lee Lewis à son piano, "j"y étais aussi à ce concert".

En revenant chercher des sucreries et du jus de pamplemousse (un "quatre-heures" bis pour Catherine qui goûte tous les jours au bureau), je reconnais enfin l'auteur des photographies. Richard Dumas a une tête de hobereau normand, les joues roses, des yeux bleus de bébé et les cheveux d'un chatain doré du genre Loréal. Seuls le blouson de cuir (?) et le fût serré rappellent l'univers des rockers, stars et autres artistes maudits qu'il photographie. Je m'évertue à expliquer à Catherine combien c'était bien Pomerol avec ses projections en présence des photographes, qui expliquent les circonstances des prises de vue, comme Godard pour son portrait dans Libération, acceptant finalement d'être pris devant le hublot rond de la salle de rédaction de la rue Béranger. Elle retient surtout la dégustation finale de pomerols offerte en clôture du festival, c'est cuit elle va répéter à tout le monde que je suis alcoolique, ce n'est pas faux.

Dans le Marais comme à Pomerol, les photos de Richard Dumas tiennent le coup. S'impose en grand format le magnifique portrait crépusculaire d'Alain Bashung, pochette de l'album "L'imprudence". Plus que les traits des personnes, on capte un peu de leur âme à travers son objectif. C'est beaucoup.

Les people de Richard Dumas dansent la Polka
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Publié dans dans la photographie

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