Le bureau des fantômes. 1 : Blackmoor / Fanny Gordon

Publié le par L'Aquoiboniste atrabilaire

Le bureau des fantômes. 1 : Blackmoor / Fanny Gordon
ÉDITIONS DU ROCHER
  Fanny Gordon :
  Le Bureau des fantômes. 1 : Black moor. 2019
  ISBN 978-2-268-10261-0 : 12,90 EUR

 

Intéressant - A partir de 10 ans

Un livre pour se faire peur, sorti peu avant la période d'Halloween, ou de la Toussaint en bon français, avec son 1er novembre jour des défunts, qui se transforme si vite en nuit, et laisse les ombres flotter dans le brouillard. Les morts ne sont pas partis très loin, ils sont encore parmi nous dans ce roman écrit à deux mains par Pascale Perrier et Véronique Delamarre sous le pseudonyme collectif Fanny Gordon, du nom de l'épouse de R.L. Stevenson, le voyageur des Cévennes et du trésor de l'île.

Note pour moi-même en ce jour de Toussaint : surprise de voir aujourd'hui parler de plus en plus du Dia de Muertos, version mexicaine du Jour des morts au Mexique, des ateliers pour enfants sont organisés à Paris autour de cette coutume, où on peut voir oranges et bananes disposées autour de la photo du défunt. Ces autels d'hommage aux disparus, comme une façon de les placer parmi nous au coeur de la maison, et pas seulement recouverts de chrysanthèmes marguerites dans le froid du cimetière.

Nul besoin par contre de les couvrir de fruits, ils n'ont pas faim les fantômes de ce bureau très spécial, qui s'occupent plutôt d'étancher la soif d’autres revenants, voir plus loin. Car tous les fantômes ne se ressemblent pas dans ce petit roman spectral à la couverture peu engageante, voire  momoche, qui n'incite pas trop à l'ouverture du suaire. Le dessin en couverture fait son petit effet Zombieland tout de même, on y voit un revenant bien crayeux se détacher vent dans les voiles sur un fond noir, auréolé d'un brushing décoiffé, plus façon Cruella post-dalmatiens, émaciée version transgenre que gentil Ghostbuster rondouillard. La tête de mort aux yeux jaunes a un drôle de sourire flottant au milieu de sa collerette de vampire, et tient entre ses voiles bleutés un château du genre bien hanté.

Le spectre blanc-bleu de la couverture, c'est le seigneur écossais, l'infâme Malcolm Mac’Allan, chef de la Ligue des fantômes (autre genre de Bureau et grand rival de l’autre) qui avec ses sbires tient dans son château de Blackmoor une poche de résistance et zone de non droit façon village gaulois face à l'envahisseur. Pour ces redoutables spectres, pas question de passer de l'autre côté, celui des morts oubliés tout jamais et de disparaître gentiment, bien bordés dans leurs tombes. Il leur faut la vie éternelle à ces méchants-là, et de préférence en semant la terreur parmi les vivants, à coups de bruits de chaînes et d'apparitions provoquant de fatales crises cardiaques. Jusque-là, rien que de très banal en ces terres d'Ecosse où ne se comptent plus les manoirs hantés et où les fantômes se baladent dans la lande en toute impunité, y prospère même un tourisme dédié, pour qui aime les sensations fortes.

Cette zone d'Ecosse vient d'être déclarée zone à grand risque par le Bureau des fantômes, l’organisation secrète éponyme qui affiche son lettrage jaune dynamique en titre et en couverture. Deux de ses membres sont visibles sur l'image, si si ce sont les deux ectoplasmes tout minces qui flottent devant le matamore écossais du mal, Mac’Allan dressé dans sa toute puissance devant eux,  ça y est vous avez repérés ?

Ces deux créatures sont Tim et Mo, jeunes garçons dont on ne sait rien à part leur bonne mine, qui viennent tout juste pourtant de passer de vie à trépas, comme on l'apprend en première page, sans rien savoir des circonstances de leur mort. Le roman de Fanny Gordon s'ouvre sur une très belle description de traversée des eaux, la dernière traversée pour la myriade d'êtres qu'on voit flotter sur l'eau d'un lac, les uns à côté des autres, dans le calme et la sérénité, l'oubli des soucis, loin du bruit. Ce sont les nouveaux morts, étendus sur l'eau comme la blanche Ophélie sur un Styx adouci, image assez saisissante comme inspirée d'un tableau symboliste, qui flottent entre deux eaux dans l'oubli d'eux-mêmes, sans souvenirs ni identités ni souffrance d'aucune sorte, se laissant entraîner doucement, attirés vers ce grand beau pont au loin, qui se rapproche. Ô passer en-dessous et le franchir, pour atteindre la félicité de l'autre rive...

Mais Tim et Mo, les deux garçons à la dérive, ne passeront pas sous le pont qui pourtant les attire si fort. Pris dans des tourbillons, ils s'enfoncent dans de terribles remous et luttent pour remonter à la surface, puis portés par le courant vers une île, ils réussissent à s'accrocher à la rive, n'échappant pas pourtant ainsi à la mort... puisqu'ils sont déjà morts… Péniblement, les deux silhouettes juvéniles et translucides (leur enveloppe terrestre est restée sur terre, c’est leur énergie vitale qui se matérialise, bref des fantômes quoi) se remettent lentement sur pied, tout dolents et les membres perclus, que leur est-il arrivé, et chacun des deux se demande qui est le garçon à ses côtés, comme revenu d'un naufrage, les membres endoloris, avançant sur le sentier qui se présente, ne sachant pas ce qui les attend.

L'entrée en matière est magnifique, comme suspendue hors du temps, image à la fois originelle de(s nouveaux) Vénus surgis des eaux, et représentation symbolique du passage dans l'au-delà. Pour un livre niveau CM, pas mal.

Après, cela se gâte-t-il ? Le rythme s'accélère, et l'action part dans tous les sens, fatigant un peu le lecteur. On serait bien restés un peu plus longtemps, y'avait pas l'feu au lac, mais Fanny Gordon a le fantôme hyperactif.

Le courant passe entre les deux garçons qui s'évaluent du coin de l'oeil et font rapidement connaissance, aucun souvenir à partager, hormis leur prénom et le constat qu'ils sont morts, sans affect et sans déploration ; l'absence de mémoire ça aide. Morts, oui si on veut, mais bien dans l'action quand même, les activités sont différentes de l'autre côté du rideau, c'est tout. Est-on vraiment passé du côté sombre, très sombre ? C'est plutôt dans un genre d'antichambre de la vrai mort que les deux héros se retrouvent, pas même le purgatoire, aucune allusion religieuse à chercher ici.

Les deux garçons sont arrivés sur une île, quartier général du Bureau des fantômes, mystérieuse organisation sise dans un bâtiment transparent en forme de lotus, un spectral quai des Orfèvres grouillant d'agents. La brigade semble très hiérarchisée, à sa tête un certain Sid dirige les opérations, et à peine les formalités d'accueil accomplies, celui-ci engage Tim et Mo, à peine remis de leurs émotions, sous le titre d'agents "spectrus". Leur mission ? Aider ceux qui errent, les fantômes coincés entre la vie et la mort, qui ne savent pas vraiment qu'ils sont morts et voudraient prolonger leur séjour sur cette terre, à rejoindre l'au-delà. Pas difficile, dans l'agence sur une immense carte du monde clignotent des petites lumières localisant les esprits récalcitrants, il suffit aux spectrus missionnés vers eux de s'envoler dans le pays concerné à leur recherche, les débusquer et les convaincre gentiment de rejoindre l'autre côté du « pont d’ailleurs » (personne d'ailleurs ne sait ce qui vient derrière ce pont, c'est ça qu'est bien). Et, trop bien, à chaque fantôme envoyé à trépas, les spectrus voient fleurir des petites étoiles sur leurs corps, dessinant peu à peu le dessin de leur animal totem, choisi par les hautes instances, suprise. Idée surfant sur la mode du tatouage, et aussi comme des étoiles galons gagnés au champ d'honneur militaire, ou des bonus comme aux video games (ou au flipper, autre époque). Sid, le patron de l'agence, celui qui envoie ses troupes de par le monde ramener à la raison les fantômes qui s'incrustent, est lui-même recouvert d'un immense dragon clignotant, c'est chouette.

 

Les garçons, morts mais pas trop, c'est ça qu'est bien, se lancent tête baissée dans leur première aventure, cap vers l'Italie. En deux coups de cuiller à pot aux roses, ils retrouvent le chanteur d'opéra Roberto Voce qui hantait la Scala de Milan, refusant d'admettre que son temps était fini, alors qu'il était bêtement mort d'une crise cardiaque en pleine représentation de Verdi (ou autre oeuvre de "reine qu'a des malheurs", snif Pierre Bouteiller). Tim et Mo le font sortir du placard à balais où il se cachait, et se font spectateurs pour l'entendre enfin finir le grand air de son solo. C'est vrai que ça doit être frustrant d'avoir quitté la scène comme ça avant avant le troisième acte. Roberto le fantôme ne hantera plus les cintres, il a eu ce qu'il voulait, un bravo final, et disparait en un tour de main EN BUVANT UN PEU D'EAU DU LAC que les garçons avaient apporté avec eux dans des gourdes.

Car c'est ça la potion magique, le bouillon de onze heures : de l'eau du « lac des souvenirs », celui qui vous fait tout oublier, vous rend à la sérénité première des limbes du ventre de votre mère, amniotique viatique pour rejoindre un repos bien mérité, les congés payés éternels.

Une note en passant, c’est qu’il leur en faut aux agents spectrus (spectri ?), des bidons et des bidons d’eau de Lourdes du lac, portés à la seule force de leurs petites épaules, mieux que le père Noël, sans hotte ! Gouttes d’eau à faire glisser entre les dents des récalcitrants qui ne savent pas encore comment c’est bien, de rejoindre l’autre rive, sans plus traîner ici bas où il n’ont rien à faire (et n’ont même pas de page facebook, si ça se trouve).

A Milan, le cas de Roberto est vite expédié, c’est l’effet magique de l’eau du lac, trois gouttes bues et bye bye bonjour chez vous. Le chanteur disparaît sans opposer aucune résistance ni laisser d’écho, finito Roberto, et les agents de sécurité de la Scala alertés par le bruit ne comprennent pas trop pourquoi l'énorme lustre en cristal au-dessus de l'orchestre s'est écroulé. Comment deviner que c'est l'intrépide et invisible Mo, le plus impulsif et fonceur de l'équipe de choc, qui s'est amusé à se balancer comme un petit fou accroché aux pampilles, jusqu'à chute du luminaire dans un envol spectraculaire de plâtre. Ben ça alors…

 Sont promis à devenir un duo d'enquêteurs et d'agents stars, ces deux là, aux caractères bien différenciés par les deux autrices, Tim plus prudent et réfléchi, et Mo impulsif et avide de passer à l’action. Un peu de la « Tête et les jambes » dans ce duo-là, de vrais Starsky et Hutch ou tout ce qu'on veut, mais moins adultes et salaces que Dan Ackroyd et Bill Murray de "Ghostbusters" et "Saturday night show" (ouiii mes références sont updatées). Se sont adjointes à eux deux charmantes et espiègles "spectras", agentes féminines maîtrisant très bien la chorégraphie d'envol dans les airs et l'art de passer à travers les murs, bonne copines prêtes à faire profiter les garçons de leurs conseils, ces deux-là ne tardant pas à savoir virevolter comme elle dans les airs et effectuer nombre de  pirouettes aériennes et  traversées de vieilles pierres, plus ou bien réussies, le métier rentre. Acrobaties représentant le savoir-faire minimum requis pour mener à bien job et missions, comme l'aptitude à manier le "spectran", sorte d'hyper performant smart-phone- tablette numérique, très utile pour voyager à travers l'espace et jouer à la chasse aux fantômes. Très high-tech, le Bureau des fantômes s’appuie sur une technologie de pointe !

Sont assez amusantes ces aventures improbables de ces gentils fantômes partis en traquer d'autres, ceux un peu bêtas qui embêtent les vivants avec leurs bruits et leurs apparitions, parce qu'ils trainent toujours dans le coin et qu'ils ne savent pas qu'ils sont morts et voudraient rester ici-bas, situées dans un univers fantastique de medieval galactic fantasy, cet open space de pas-tout-à-fait-la-mort-mais-presque. Mais manquent peut être d'un humour franc qui contrebalancerait vraiment la drôle d'impression qui flotte comme un suaire tout au long du roman : l’idée de la mort, pas si drôle incarnée par ces jeunes héros morts après tout dans la fleur de l'âge, ils ont quoi, douze ans ? Heureusement, nulle mention de leurs souvenirs (pour le moment, suites prévues), car on verra que quand les fantômes recouvrent des bouts de la mémoire de leur passé,  c'est le début d'une éternité de profonde déprime, voire de désespoir.

La mort, même dans un livre spécial Halloween (sans citrouilles aucune cependant, c’est juste que je l’ai lu un 31 octobre, courgette que je suis), c'est une affaire sérieuse et mystérieuse, qui fout les jetons à à peu près tout le monde, et les spectrus eux-mêmes, pourtant spécialistes, n'y comprennent pas grand chose. Mais qu'est ce que ça peut bien être, l'après mort, l'au-delà de l'au-delà du Bureau des fantômes ? (moi perso, je préfère le "vin d'ici"). Les autrices   éluderont ingénieusement les réponses, personne n'en sait rien et on verra après, mais c’est bon de savoir que la mort n’est pas une fin et que nous ne sommes pas destinés qu’à servir de sandwich aux asticots, n’est-il pas ? Puisque Fanny Gordon le suggère(nt)…

Bon, d'accord, les aventures de fantôme ne manquent pas dans les bandes dessinées et les histoires pour enfants, Casper le gentil fantôme et même Gafi, héros des manuels scolaires dans les années 90, qui a appris à lire à mes fils. Mais pas grand chose de philosophique dans ces vieilles histoires dessinées, ces petits fantômes n'ayant d'autres états d'âme que de nous faire rire et crier des "hou hou" aux méchants. Un brin plus de réflexion dans ce roman jeunesse, où nous avons laissé (que de digressions) nos deux héros se faire justiciers. Tim et Mo sont prêts à partir sur les terres de Black Moor, cette "zone 4" de tous les dangers où règne Mac’Allan le démoniaque monarque détenteur de son bon droit de tourmenter les humains jusqu’à les faire mourir de peur, qui s'est mis dans l'idée (c’est horrible) de faire venir à lui tous les esprits errants, ces morts avec sépulcture mais qui résistent à l'idée de disparaître, bref les fantômes chassés par nos amis spectrus Tim et Mo (ou Mo et Tim, comme on voudra).

 Hou, la mission difficile, gare à ceux qui se viendront se mettre en travers de la route de Mac’Allan qui se veut le maître du monde, et qui voudrait que tous les fantômes restent sur terre et prennent la place des humains, ceux ci morts de peur peu à peu à coups de crises cardiaques ou pire ! C'est vrai, quoi, la terre aux fantômes, ils ont attendu ce moment pendant des siècles, des millénaires ! Un détail juste, risque de ne pas avoir assez de place, depuis l'homme de Néanderthal et les Romains, il en est passé du monde sur le lac.

L'attaque est de grande envergure et suscite une grande inquiétude au Bureau des Légendes, pardon des Fantômes. Il faut empêcher l'Ecossais félon de nuire, qui ne veut rien d'autre que devenir le maître du monde et changer l'ordre des choses (les vivants d'un côté et les morts de l'autre), appelant la totalité des âmes perdues à rejoindre son royaume. L'ambiance a changé au sein de la compagnie, l'affaire est sérieuse.

Qui est volontaire pour cette mission impossible, voire suicide ? Jeunes et fous, Tim et Mo les deux bleus de l'agence, recrutés seulement depuis deux jours voire moins, le temps passe vite quand on est mort, sont prêts à passer à l'action, malgré les mises en garde de la hiérarchie (un vrai roman d'espionnage). Ils devront s'infiltrer chez l'ennemi, pour comprendre comment l'infâme chef en kilt fait pour attirer les hordes de nouveaux venus en errance, tous les inconnus du lac qui n'ont pas voulu faire (passer sous) le pont.

L'action du roman va crescendo, et se fait un brin épuisante, page turner peut être mais tenu d’une main lassée par tant d’agitation ectoplasmique. Récapitulons : vite rejeté hors de la sérénité lénifiante du lac lénifiant et réparateur, qui annihile toute volonté de résistance et emmène les défunts au fil de ses eaux tranquilles vers un au-delà qu'on espère au minimum paradisiaque, le lecteur s'est vu projeter sur la scène de la Scala de Milan à la recherche d’un chanteur lyrique planqué derrière des balais. A peine remis du voyage, encore assourdi par les puissantes vocalises du ténor et à demi assommé par un lustre (c’est ce qu’on appelle s’identifier aux personnages), le lecteur s’est fait propulser à la vitesse d’une fusée en terre écossaise, où l’action s’intensifie.

Bientôt la bataille fait rage entre les spectrus, les spectras, et l’armée (en kilt ? en armure ?) de Mac’Allan. On aura appris au passage un lourd secret de famille et l’info est d’importance : le seigneur écossais a un frère (jumeau ?), nommé Sid. Pas du tout Vicious, ce Sid là, frère ennemi de Malcolm, tous deux représentants archétypaux de la lutte éternelle du bien contre le mal. Pas trop dur à comprendre qu’il s’agit du Sid qui dirige les opérations du Bureau des fantômes (les gentils, donc), depuis son île, mais qui va rappliquer pour flanquer une peignée à son frère qui là a dépassé les bornes et rompu le pacte de non agression.

 Pour rester dans mes références pop culture, ces deux-là me font penser les bougres à la rivalité de Jacob et son frère, pas Esaü dans la Bible, mais « le Monstre » (la fumée noire) dans la série télévisée « Lost ». Tiens d’ailleurs là aussi, une histoire d’île, ceux qui y arrivent, ceux qui sont dans l’impossibilité de la quitter… Pas la seule île des morts, l’île de Lost, voir Böcklin, mais là on s’égare (du nord) de l’Écosse…

Donc de loooongues batailles garanties 100 pour cent sans sang, entre frères rivaux jusqu’à la mort et myriades de fantômes et revenants de diverses obédiences, nous attendent, à grand moulinets de chaînes et boulets. Petit bras quand même par rapport à celles vues à la télé tout récemment dans deux des épisodes du film « Bilbo le Hobbit », trilogie éblouissante réalisée d’après la fantasy cultissime de Tolkien (belle exposition à la BnF, prévoir de faire la queue), mais en gros l’idée c’est ça.

Pendant que la (les) bataille (s) fait (font) rage, surveillées de plus ou moins loin par Sid et son amie chef des spectras, dont j’ai oublié le nom, Tim et Mo n’auront pas mis bien longtemps à trouver le secret du piège à fantômes mis en œuvre par Mac’Allan la racaille future ex maître du monde. Une histoire compliquée de vortex et de trou noir, antimatière à évoquer la cage de Faraday (empêchant les champs magnétiques de passer) aux collégiens qui liraient ces pages. Malin, comme de parsemer l’ouvrage de citations empruntés à Lamartine l’amateur de lac, des vers entiers du poème « le Lac » reviennent fort à propos à la mémoire de Mo, m’étonnerait pas qu’on apprenne qu’il était poète celui-là (dans les prochains tomes à paraître de la série), ou en hypokhâgne à Louis-le-Grand pour le moins (suicidé par la pression des prépas, alors ? pari ouvert…)

Savoureux - ou déplacé - le détournement des paroles de l’ « Internationale » et du « Chant des partisans » pour l’Hymne des fantômes, les paroles de Kessel «Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines » transformées en «Ami, entends-tu les rires sourds des fantômes qui s’déchaînent »… Les autrices se font plaisir, et explicitent leurs emprunts en fin d’ouvrage.

Le roman mélange ainsi les genres joyeusement, passant du gentil roman d’aventure et d’amitié à un gentil thriller qui entr’ose l’ébauche d’une réflexion sur la mort, car tout de même les héros en sont des morts (même catégorie que les « chanteurs morts » de l’Ecole des femmes de Jacques Martin). La mort, comme la guerre, c’est pas bien, mais on peut s’y préparer à tout âge et avec des histoires guillerettes d’enquêtes, de voyages et autres big battles dans l’outre-monde, tout ça passe très bien, puisque dans cette mort là on ne manque pas d’activités, pas le temps de s’ennuyer, les voyages sont nombreux et gratuits et les rencontres surprenantes garanties.

Cependant, des envolées quasi lyriques, avec plongeon glacé dans l’eau du « Lac » de Lamartine se font entendre un brin lors de l’épisode de l’enfermement des deux héros dans le puits sans fond de Blackmoor, tout près des geôles et oubliettes où se morfondent depuis l’éternité des fantômes prisonniers, d’anciens visiteurs du château terrorisés par sa hantise, qui ont eu tout le loisir de réfléchir à leur condition d’immortel, ennui et déprime garantie, la mort c’est long quand on n’est pas un simple spectrus.

Un jeu concours offre la possibilité aux lecteurs de prolonger l’aventure et de participer à la réalisation du second tome, via encore lui le Feuilleton des Incos.

Une lecture assez amusante, peut-être pas indispensable, mais qui plaira sans nul doute aux jeunes amateurs d’aventures qui font peur mais pas trop, initiant un nouveau genre, la fantasy fantômatique et squelettique. Allez, tous prêts à lever les voiles !
  
 www.lebureaudesfantomes.com

Version (à peine) plus courte, remaniée

Un livre pour se faire peur, sorti peu avant la période d'Halloween, les morts ne sont pas partis très loin, ils sont encore parmi nous dans ce roman écrit à deux mains par Pascale Perrier et Véronique Delamarre sous le pseudonyme collectif Fanny Gordon, du nom de l'épouse de R.L. Stevenson, le voyageur des Cévennes et du trésor de l'île. Tous les fantômes ne se ressemblent pas dans ce petit roman spectral à la couverture peu engageante qui n'incite pas trop à l'ouverture du suaire. Le dessin en couverture fait son petit effet Zombieland, on y voit un revenant bien crayeux se détacher tous voiles dehors sur un fond noir, auréolé d'un brushing décoiffé, façon Cruella post-dalmatiens, bien émaciée et plus version transgenre que gentil Ghostbuster rondouillard. La créature, à tête de mort aux yeux jaunes et drôle de rictus au milieu de la collerette de vampire, renferme entre ses mains un château du genre bien bien hanté, l’illustration (la seule du livre) remplit le cahier des charges avec son max d’informations. Le spectre blanc-bleu de la couverture, c'est l’infâme seigneur écossais Malcolm Mac’Allan, chef de la Ligue des fantômes (grand rival de l’autre Bureau très spécial éponyme, on y revient bientôt) qui avec ses sbires tient dans son château de Blackmoor une poche de résistance et zone de non droit façon village gaulois face à l'envahisseur. Pour ces redoutables spectres, pas question de passer de l'autre côté, celui des morts oubliés tout jamais et de disparaître gentiment, bien bordés dans leurs tombes. Il leur faut la vie éternelle à ces méchants-là, et de préférence en semant la terreur parmi les vivants, à coups de bruits de chaînes et d'apparitions provoquant de fatales crises cardiaques. Jusque-là, rien que de très banal en ces terres d'Ecosse où ne se comptent plus les manoirs hantés et où les spectres se baladent dans la lande en toute impunité, y prospère même un tourisme dédié, pour qui aime les sensations fortes. Cette zone d'Ecosse vient d'être déclarée zone à grand risque par le Bureau des fantômes, l’organisation secrète éponyme qui affiche son lettrage jaune dynamique en titre et en couverture. Deux de ses membres sont repérables sur l'image, si si ce sont les deux ectoplasmes tout minces qui flottent devant le matamore écossais du mal, Mac’Allan dressé dans sa toute puissance devant eux.

 Ces deux créatures sont Tim et Mo, jeunes garçons dont on ne sait rien à part leur bonne mauvaise mine, qui viennent tout juste de passer de vie à trépas, comme on l'apprend en première page, sans rien savoir des circonstances de leur mort. Le roman de Fanny Gordon s'ouvre sur une belle description de traversée des eaux, la dernière traversée pour la myriade d'êtres qu'on voit flotter sur l'eau d'un lac, les uns à côté des autres, dans le calme et la sérénité, l'oubli des soucis, loin du bruit. Ce sont les nouveaux morts, étendus sur l'eau comme la blanche Ophélie sur un Styx adouci, image assez saisissante comme inspirée d'un tableau symboliste, qui flottent entre deux eaux dans l'oubli d'eux-mêmes, sans souvenirs ni identités ni souffrance d'aucune sorte, se laissant entraîner doucement, attirés vers ce grand beau pont au loin, qui se rapproche. Ô passer en-dessous et le franchir, pour atteindre la félicité de l'autre rive...

Mais Tim et Mo, les deux garçons à la dérive, ne passeront pas sous le pont qui pourtant les attire si fort. Pris dans des tourbillons, ils s'enfoncent et luttent dans les remous, puis remontés à la surface et portés par le courant, ils réussissent à s'accrocher à la rive d’une île, n'échappant pas pourtant ainsi à la mort... puisqu'ils sont déjà morts… Lentement, les deux silhouettes juvéniles et translucides (leur enveloppe terrestre est restée sur terre, c’est leur énergie vitale qui se matérialise, bref ce sont des fantômes quoi) se remettent sur pied, tout dolents et les membres perclus. Que leur est-il arrivé, et chacun des deux se demande qui est le garçon à ses côtés, comme revenu d'un naufrage, les membres endoloris, avançant sur le sentier qui se présente, ne sachant pas ce qui les attend. L'entrée en matière est très réussie, sur deux pages comme suspendue hors du temps, image à la fois originelle de(s nouveaux) Vénus surgis des eaux, et représentation symbolique du passage dans l'au-delà. Pour un livre niveau CM, pas mal.

Après, cela se gâte-t-il ? Le rythme s'accélère, et l'action part dans tous les sens, fatigant un peu le lecteur. On serait bien restés un peu plus longtemps sur l’eau, y'avait pas l'feu au lac, mais Mesdames Fanny Gordon ont le fantôme hyperactif. Le courant passe entre les deux garçons qui s'évaluent du coin de l'oeil et font rapidement connaissance, aucun souvenir à partager, hormis leur prénom et le constat qu'ils sont morts, sans affect et sans déploration ; l'absence de mémoire ça aide. Morts, oui si on veut, mais bien dans l'action quand même, les activités sont différentes de l'autre côté du rideau, c'est tout. Est-on vraiment passé du côté sombre, très sombre ? C'est plutôt dans un genre d'antichambre de la vrai mort que les deux héros se retrouvent, pas même le purgatoire, aucune allusion religieuse à chercher ici. 

Les deux garçons sont arrivés sur une île, quartier général du Bureau des fantômes, mystérieuse organisation sise dans un bâtiment transparent en forme de lotus, un spectral quai des Orfèvres grouillant d'agents. La brigade semble très hiérarchisée, à sa tête un certain Sid dirige les opérations, et à peine les formalités d'accueil accomplies, celui-ci engage Tim et Mo, à peine remis de leurs émotions, sous le titre d'agents "spectrus". Leur mission ? Aider ceux qui errent, les fantômes coincés entre la vie et la mort, qui ne savent pas vraiment qu'ils sont morts et voudraient prolonger leur séjour sur cette terre, à rejoindre l'au-delà. Pas difficile, dans l'agence sur une immense carte du monde clignotent des petites lumières localisant les esprits récalcitrants, il suffit aux spectrus missionnés vers eux de s'envoler dans le pays concerné à leur recherche, les débusquer et les convaincre gentiment de rejoindre l'autre côté du « pont d’ailleurs » (personne d'ailleurs ne sait ce qui vient derrière ce pont, c'est ça qu'est bien). Et, trop bien, à chaque fantôme envoyé à trépas, les spectrus voient fleurir des petites étoiles sur leurs corps, dessinant peu à peu le dessin de leur animal totem, choisi par les hautes instances, surprise. Idée surfant sur la mode du tatouage, et aussi comme des étoiles galons gagnés au champ d'honneur militaire, ou des bonus comme aux video games. Sid, le patron de l'agence, celui qui envoie ses troupes de par le monde ramener à la raison les fantômes qui s'incrustent, est lui-même recouvert d'un immense dragon clignotant, c'est chouette.

Les garçons, morts mais pas trop, c'est ça qu'est bien, se lancent tête baissée dans leur première aventure, cap vers l'Italie. En deux coups de cuiller à pot aux roses, ils retrouvent le chanteur d'opéra Roberto Voce qui hantait la Scala de Milan, refusant d'admettre que son temps était fini, alors qu'il était bêtement mort d'une crise cardiaque en pleine représentation de Verdi. Tim et Mo l’éjectent du placard à balais où il se cachait, et se font spectateurs pour l'entendre enfin terminer le grand air de son solo. C'est vrai que ça doit être frustrant d'avoir quitté la scène comme ça avant avant le troisième acte. Roberto le fantôme ne hantera plus les cintres, il a eu ce qu'il voulait, un bravo final, et disparait en un tour de main EN BUVANT UN PEU D'EAU DU LAC que les garçons avaient apporté avec eux dans des gourdes. Car c'est ça la potion magique, le bouillon de onze heures : de l'eau du « lac des souvenirs », celui qui vous fait tout oublier, vous rend à la sérénité première des limbes du ventre de votre mère, amniotique viatique pour rejoindre un repos bien mérité, les congés payés éternels. Une note en passant, c’est qu’il leur en faut aux agents spectrus (spectri ?), des bidons et des bidons d’eau (de Lourdes) du lac, litrons portés à la seule force de leurs petites épaules, mieux que le père Noël, sans hotte ! Gouttes d’eau à faire glisser entre les dents des récalcitrants qui ne savent pas encore comment c’est bien, de rejoindre l’autre rive, sans plus traîner ici bas où il n’ont rien à faire (et n’ont même pas de page facebook, si ça se trouve). A Milan, le cas de Roberto est vite expédié, c’est l’effet magique de l’eau du lac, trois gouttes bues et le chanteur disparaît sans opposer aucune résistance ni laisser d’écho, finito Roberto, et les agents de sécurité de la Scala alertés par le bruit ne comprennent pas trop pourquoi l'énorme lustre en cristal au-dessus de l'orchestre s'est écroulé. Comment deviner que c'est l'intrépide et invisible Mo, le plus impulsif et fonceur de l'équipe de choc, qui s'est amusé à se balancer comme un petit fou accroché aux pampilles, jusqu'à chute du luminaire dans un envol spectraculaire de plâtre. 

Sont promis (ou non) à devenir un duo d'enquêteurs et d'agents stars, ces deux là, aux caractères bien différenciés par les deux autrices, Tim plus prudent et réfléchi, et Mo impulsif et avide de passer à l’action. Un peu de la « Tête et les jambes » dans ce duo-là, mini Starsky et Hutch bien débrouillards, mais moins adultes et salaces que Dan Ackroyd et Bill Murray de "Ghostbusters" et "Saturday night show" (oui mes références sont updatées). Se sont adjointes à eux deux charmantes et espiègles "spectras", agentes féminines maîtrisant très bien la chorégraphie d'envol dans les airs et l'art de passer à travers les murs, bonne copines prêtes à faire profiter les garçons de leurs conseils, ces deux-là ne tardant pas à savoir virevolter comme elle dans les airs et effectuer nombre de  pirouettes aériennes et traversées de vieilles pierres, plus ou bien réussies, le métier rentre. Acrobaties représentant le savoir-faire minimum requis pour mener à bien job et missions, comme l'aptitude à manier le "spectran", sorte d'hyper performant smart-phone- tablette numérique, très utile pour voyager à travers l'espace et jouer à la chasse aux fantômes. Très high-tech, le Bureau des fantômes s’appuie sur une technologie de pointe.

Sont assez amusantes ces aventures improbables de ces gentils fantômes partis en traquer d'autres - tous ceux un peu bêtas qui embêtent les vivants avec leurs bruits et leurs apparitions, parce qu'ils trainent toujours dans le coin et qu'ils ne savent pas qu'ils sont morts et voudraient rester ici-bas -, situées dans un univers fantastique de medieval galactic fantasy, cet open space de pas-tout-à-fait-la-mort-mais-presque. Mais manquent peut être d'un humour franc qui contrebalancerait vraiment la drôle d'impression qui flotte comme un suaire tout au long du roman : l’idée de la mort, pas si drôle incarnée par ces jeunes héros morts après tout dans la fleur de l'âge, ils ont quoi, douze ans ? Heureusement, nulle mention de leurs souvenirs (pour le moment, suites prévues), car on verra que quand les fantômes recouvrent des bouts de la mémoire de leur passé,  c'est le début d'une éternité de profonde déprime, voire de désespoir. La mort, même dans un livre lorgnant vers Halloween (sans citrouilles aucune cependant, c’est juste que je l’ai lu un 31 octobre, suis-je courge), c'est une affaire sérieuse et mystérieuse, qui flanque une frousse bleue à à peu près tout le monde, spectrus compris, eux-mêmes pourtant spécialistes n'y comprenant pas grand chose. Mais qu'est ce que ça peut bien être, l'après mort, l'au-delà de l'au-delà du Bureau des fantômes ? (moi perso, je préfère le "vin d'ici"). Les autrices éludent posent les questions sans y répondre, personne n'en sait rien et on verra après, mais c’est bon de savoir que la mort n’est pas une fin et que nous ne sommes pas que destinés qu’à servir de sandwich aux asticots, n’est-il pas ? Puisque Fanny Gordon le suggère(nt), même si c’est pour rire...

Certes lles aventures de fantôme ne manquent pas dans les bandes dessinées et les histoires pour enfants, Casper le gentil fantôme et même Gafi, héros des manuels scolaires dans les années 90. Mais pas grand chose de philosophique dans ces vieilles histoires dessinées, ces petits fantômes n'ayant d'autres états d'âme que de nous faire rire et crier des "hou hou" aux méchants. Un brin (non ?) plus de réflexion dans ce roman jeunesse, où nous avons laissé (que de digressions) nos deux héros se faire justiciers. Tim et Mo sont prêts à partir sur les terres de Black Moor, cette "zone 4" de tous les dangers où règne Mac’Allan le démoniaque monarque détenteur de son bon droit de tourmenter les humains jusqu’à les faire mourir de peur, qui s'est mis dans l'idée (c’est horrible) de faire venir à lui tous les esprits errants, ces morts avec sépulcture mais qui résistent à l'idée de disparaître, bref les fantômes chassés par nos amis spectrus Tim et Mo (ou Mo et Tim, comme on voudra).

Houla la mission difficile, gare à ceux qui se viendront se mettre en travers de la route de Mac’Allan qui se veut le maître du monde, et qui voudrait que tous les fantômes restent sur terre et prennent la place des humains, ceux ci morts de peur peu à peu à coups de crises cardiaques ou pire ! C'est vrai, quoi, la terre aux fantômes, ils ont attendu ce moment pendant des siècles, des millénaires ! Un détail juste, risque de ne pas avoir assez de place, depuis l'homme de Néanderthal et les Romains, il en est passé du monde sur le lac. L'attaque est de grande envergure et suscite une grande inquiétude au Bureau des Légendes, pardon des Fantômes. Il faut empêcher l'Ecossais félon de nuire, qui ne veut rien d'autre que devenir le maître du monde et changer l'ordre des choses (les vivants d'un côté et les morts de l'autre), appelant la totalité des âmes perdues à rejoindre son royaume. L'ambiance a changé au sein de la compagnie, l'affaire est sérieuse. Qui est volontaire pour cette mission impossible, voire suicide ? Jeunes et fous, Tim et Mo les deux bleus de l'agence, recrutés seulement depuis deux jours voire moins, le temps passe vite quand on est mort, sont prêts à passer à l'action, malgré les mises en garde de la hiérarchie (un vrai roman d'espionnage). Ils devront s'infiltrer chez l'ennemi, pour comprendre comment l'infâme chef en kilt fait pour attirer les hordes de nouveaux venus en errance, tous les inconnus du lac qui n'ont pas voulu faire (passer sous) le pont.

L'action du roman va crescendo, et se fait un brin épuisante, page turner peut être mais tenu d’une main lassée par tant d’agitation ectoplasmique. Récapitulons : vite rejeté hors de la sérénité lénifiante du lac lénifiant et réparateur, qui annihile toute volonté de résistance et emmène les défunts au fil de ses eaux tranquilles vers un au-delà qu'on espère au minimum paradisiaque, le lecteur s'est vu projeter sur la scène de la Scala de Milan à la recherche d’un chanteur lyrique planqué derrière des balais. A peine remis du voyage, encore assourdi par les puissantes vocalises du ténor et à demi assommé par un lustre (c’est ce qu’on appelle s’identifier aux personnages), le lecteur s’est fait propulser à la vitesse d’une fusée en terre écossaise, où l’action s’intensifie.

Bientôt la bataille fait rage entre les spectrus, les spectras, et l’armée (en kilt ? en armure ?) de Mac’Allan. On aura appris au passage un lourd secret de famille et l’info est d’importance : le seigneur écossais a un frère (jumeau ?), nommé Sid. Pas du tout Vicious, ce Sid là, frère ennemi de Malcolm, tous deux représentants archétypaux de la lutte éternelle et manichéenne du bien contre le mal. Pas trop dur à comprendre qu’il s’agit du même Sid qui dirige les opérations du Bureau des fantômes (les gentils, donc), depuis son île, mais qui va rappliquer fissa pour flanquer une peignée à son frère qui là a dépassé les bornes et rompu le pacte de non agression.

Mes références pop culture me font comparer le match Sid vs Malcolm  à la rivalité de Jacob et son frère, pas l’Esaü de la Bible, mais « le Monstre » (la fumée noire) dans la série télévisée « Lost ». Tiens d’ailleurs là aussi, une histoire d’île, ceux qui y arrivent, ceux qui sont dans l’impossibilité de la quitter… Pas la seule île des morts, l’île de Lost, voir Böcklin, mais là on s’égare (du nord) de l’Écosse… Donc c’est parti pour de loooongues batailles garanties 100 pour cent sans sang, entre frères rivaux jusqu’à la mort et myriades de fantômes et revenants de diverses obédiences, à grand moulinets de chaînes et boulets. Petit bras quand même par rapport à celles de Tolkien… Pendant que la (les) bataille (s) fait (font) rage, surveillées de plus ou moins loin par Sid et son amie chef des spectras, dont j’ai oublié le nom, Tim et Mo n’auront pas mis bien longtemps à trouver le secret du piège à fantômes mis en œuvre par Mac’Allan la racaille future ex maître du monde. Une histoire compliquée de vortex et de trou noir, antimatière pour les autrices à évoquer en direction des collégiens la cage de Faraday (empêchant les champs magnétiques de passer). Malin, comme de parsemer l’ouvrage de citations empruntés à Lamartine l’amateur de lac, des vers entiers du poème « le Lac » reviennent fort à propos à la mémoire de Mo, a dû être poète celui-là dans son ancienne vie, sous les biceps...

Le roman mélange ainsi les genres joyeusement, gentil roman d’aventure et d’amitié aux dialogues souriants, osant un savoureux - ou déplacé - détournement des paroles de l’ « Internationale » et du « Chant des partisans » avec son “Hymne des fantômes”, les paroles de Kessel «Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines » transformées en «Ami, entends-tu les rires sourds des fantômes qui s’déchaînent »… Les autrices se font plaisir, et explicitent leurs emprunts en fin d’ouvrage.  Qui est aussi un (aussi) gentil thriller qui prend le risque d’ébaucher une réflexion sur le sens de la mort, car tout de même les héros en sont des morts. La mort, on peut s’y préparer à tout âge, avec des histoires guillerettes d’enquêtes, de voyages et autres big battles dans l’outre-monde. Tout ça passe très bien, puisque cette mort là est grande pourvoyeuse d’activités, pas le temps de s’ennuyer dans ce Bureau des fantômes qui voit l’au delà comme un grand terrain de jeu où les voyages sont gratuits et nombreux, rencontres surprenantes garanties. Dans l’avant-mort des fantômes  du Bureau, entendons-nous bien, après même eux ils ne savent pas...

Quelques envolées au ton plus grave, sinon lyrique avec plongeon glacé dans l’eau du « Lac » de Lamartine, se font entendre si on tend bien l’oreille. Lors de l’épisode de l’enfermement des deux héros dans le puits sans fond de Blackmoor, tout près des geôles et oubliettes où se morfondent depuis l’éternité des fantômes prisonniers, d’anciens visiteurs du château terrorisés par sa hantise, qui ont eu tout le loisir de réfléchir à leur condition d’immortel, ennui et déprime garantie, la mort c’est long quand on n’est pas un simple spectrus.

Une lecture assez amusante, sans doute  pas indispensable, qui plaira sans nul doute aux jeunes amateurs d’aventures fantastiques qui aiment les ambiances un peu glauques mais pas trop, que ce roman initiant peut être un nouveau genre, la spectral fantasy, s’appuyant sur des éléments de mythologie et de légende, servie par des héros modernes, quoique décédés.. Allez, tous prêts à lever les voiles ! 

Un jeu concours offre la possibilité aux lecteurs de prolonger l’aventure et de participer à la réalisation du second tome, via encore lui le Feuilleton des Incos.

Publié dans littérature jeunesse

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