Les 120 battements par minute de Claude Cahun

Publié le par L'Aquoiboniste atrabilaire

Claude Cahun (pseudonyme de Lucy Schwob) née à Nantes en 1894, décédée à Saint-Hélier (Jersey) en 1954
Envie de regarder tous les autoportraits non selfies (selfie : seule fille, quasi homophonie !)  de cette incroyable artiste depuis longtemps repérée, à la modernité et l'audace des formes largement réhabilitée,  exposée,  étudiée. Mais jamais parue aussi proche qu'après la lecture de ses courtes citations détachées de leurs contextes d'écriture,  nombre émanant de correspondances privées. 
Lu et vu dans la collection de poche Paroles d'artiste chez Fage qui initie des dialogues et des juxtapositions plus pertinentes que les noces d'un homard et d'une table de dissection entre les oeuvres d'un artiste et des citations extraites de ses écrits. 

La surréaliste Claude Cahun aurait ravie la bonne élève de français que j'étais au lycée,  passant les meilleures heures de sa jeunesse au creux des bois de Masquieres à lire Nadja de Breton dans un ravissement proche de l'extase.


Aurais pu tout copier de ses sensibles et beaux textes issus pour qq uns de : "Aveux non avenus", in "Écrits"

- Corps et âme il faut s'attacher à soi-même. Equilibre. On change en même temps que soi. On ne saurait se décevoir. Tu marches dans tes propres pas. Nul danger de perdre ta trace.


- Des seins superflus ; les dents irrégulières, inefficaces ; les yeux et les cheveux du ton le plus banal ; des mains assez fines, mais tordues, déformées. La tête ovale de l'esclave ; le frotn trop haut... ou trop bas ; un nez bien réussi dans son genre - un genre affreux ; la bouche trop sensuelle ... ; le menton à peine assez saillant (the chin scarcely proeminent enough)

- On étudie son personnage ; on s'ajoute une ride un pli à la bouche, un regard, une intonation, un geste, un muscle même... On se forme plusieurs vocabulaires, plusieurs syntaxes, plusieurs manières d'être, de penser et même de sentir - nettement délimitées - parmi lesquelles on se choisira une peau couleur du temps

- C'est enrageant de ne pouvoir offrir que ce qu'on a, que ce qu'on est. Mais... On a beau se couvrir et recouvrir de masques, les farder, les refarder, on ne fait peut être que grossir la ressemblance, qu'accentuer les imperfections du visage caché...

- Les yeux de Robert Desnos. Je les revois... couleur de cette baie, par temps d'orage electrique, profondément glauque sous un ciel plombé... Océan à la calme surface duquel flotteraient des algues et fleuriraient des huitres bûtinées par un essaim d'étoiles... Paysage fascinant.

- Moments les plus heureux de toute votre vie ? Le rêve. Imaginer que je suis autre. Me jouer mon rôle préféré.

- En fin de compte, comme "René", je n'ai jamais été et ne suis parfaitement à l'aise que sur cette plage nue, lavée par la marée, vierge de mes propres pas. Rien n'y enlise. L'agissante pensée simultanée l'effleure, s'y dégage du temps, de toute apparence d'effort, car l'Océan, sans plus marquer ni effacer ses traces que ne le fait un rêve, attire et contrôle ses gestes, déjà ceux d'un nageur

- Qu'ils sont étranges les gens qui croient que c'est arrivé ! Comment peuvent-ils ? Une seule chose dans la vie, le rêve, me paraît assez belle, assez émouvante, pour vouloir qu'on se trouble jusqu'au rire, jusqu'aux larmes

- Brouiller les cartes. Masculin, féminin ? mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours. S'il existait dans notre langue on n'observerait pas ce flottement de ma pensée. Je serais pour de bon l'abeille ouvrière.

- S'aveugler pour mieux voir. Faire jaillir des étincelles en frappant sur les ténêbres. Frapper sur le silence assourdissant pour s'en faire un ami malléable. Frapper la syntaxe et le rythme et le verbe d'un grand coup pour en tirer l'eau de mort.

- Mon opinion sur l'homosexualité et les homosexuels est exactement la même que mon opinion sur l'hétérosexualité et les hétérosexuels : tout dépend des individus et des circonstances. Je réclame la liberté générale des moeurs, de tout ce qui ne nuit pas à la tranquillité, à la liberté, au bonheur du prochain. J'avais cru comprendre que c'était aussi- admirable en France - l'opinion de la loi ? Aurait-elle changé ? 

- Si j'ai lutté avec des camarades d'extrême gauche, c'est que cette cause, sans être la mienne, me paraît juste, qu'elle était la seule qui s'opposât efficacement au racisme hitlérien, et que le maintien de certaines valeurs, parmi lesquels la liberté d'expression - et, par elle, non seulement le maintien mais la conquête de la liberté des moeurs, des droits de l'être humain opprimé par des siècles de superstitions féroces - m'importaient personnellement.

- Dans l'ensemble de ma vie, je suis ce que j'ai toujours été (mes plus anciens souvenirs d'enfance en témoignent) : surréaliste. Essentiellement. Autant qu'on le peut sans se tuer ou tomber au pouvoir des aliénistes.


La veille j'étais sortie en famille voir le beau 120 battements par minute, film de Robin Campillo, prix du jury à Cannes 2017, au Cinéma des cinéastes. Immédiatement frappée par les correspondances entre le livre que j'ai sous les yeux et la projection d'hier. A commencer par les yeux de Robert Desnos: ce sont presque ceux de Sean le héros crucifié du film. Incroyablement dense, présence palpable pas seulement due aux corps à corps amoureux filmés au plus près. 

L'engagement pour la cause homosexuelle chez Cahun dans des années où si les aventures tournées vers le même sexe n'étaient pas mortelles, elles étaient certainement risquées et mettaient au ban de la communauté. Prise de risque et honnêteté envers sou même.  Sous ses différents masques et fards Cahun est toujours authentique. Rien à voir ou tout avec le vrai faux sang versé par Act Up. Celui lancé bravement à la face de ceux qui avaient le pouvoir de faire que la mort et la maladies soient stoppées plus vite, celui perlant des perfusions lontemps restées inutiles.  Contaminé toujours, le premier pour faire s'étendre la prise de conscience d'action en action, l'autre,  le notre, le leur, par des années de non protection et d'ignorance. 

Vite des molécules pour qu'on s'en cule,  mieux que du latex pour ton gros sexe.

Slogans cries sur fond de la techno et la house qui inonde tout le film. Nappes violentes et festives dans lesquels les visages et les corps des militants se mélangent sans ordre de parole donne par un facilitateur de réunion. Pas de modérateur de débat autre que les claquements de doigt qui couvrent moins les voix que les applaudissements. Dans la transe de la techno tout est couvert le flux d'énergie est permanent comme un feu follet qui passe de l'un à l'autre.  Pas cette eau rouge I qui étant Styx douloureux ou va bientôt se plonger Sean après Je remise et tant d'autres que le sida à tue

J'écris trop mal sur mon Samsung sous les orages de la 10 à reprendre

 

Les 120 battements par minute de Claude Cahun
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